Pour la troisième et dernière virée de notre séjour Berlinois, l’alternative était simple : retourner sur les sentiers que nous
avions déjà battus ou bien découvrir de nouveaux lieux.
L’option retenue fut finalement de mixer les deux options : après un shopping convenu mais néanmoins profitable sur Kastanienallee, il fallut se rendre à l’évidence : les soupes et les
sourires des serveuses du Morgenrot nous tendaient les bras. Pourquoi les ignorer ?
Ce soir là, au Morgen, samedi oblige, c’était la foule et happening « théatral » en prime. Mais, quand notre voisin de table
décida de se gratter nonchalamment les cheveux au-dessus de notre corbeille à pain, c’en fut trop, et nous décidâmes d’aller voir au Republik si le son était toujours aussi
bon.
Arrivés là-bas, surprise : décidément Berlin est imprévisible et la programmation des bars relativement éclectique, ce qui enchante EG (sa fibre Inrocks) mais moi, m’exaspère …
En l’occurrence, on tombe sur une espèce de team improbable aux platines qui nous commet un revival costumé des Beatles, mais plutôt dans le
genre rogatons oubliés que standards des 4 de Liverpool. En plus, la technique de Djing est du niveau de celle de mon petit neveu quand il se met en tête de me faire écouter les meilleurs
morceaux de la Star’Ac sur sa micro-chaîne Ankyo.
A part çà, le lieu est toujours aussi convaincant et la bière abordable. Après avoir siroté une bière pour admirer la coupe Godefroy de Bouillon du « DJ », avec EG, on est
raccord : il faut savoir partir et quitter le nid douillet pour découvrir de nouveaux horizons et, à Berlin, on le sait bien, l’horizon est à l’Est.
Les quelques flyers ramassés le midi au petit déjeuner (schön !) attirent notre attention sur ce qui semble être la Mecque du clubbing populaire à l’Est : Maria am Ostbahnhof (MAO pour
les affranchis …).
Déjà, le nom déchire : c’est autre chose que le « loft », le « private »,
l’« underground » ou je ne sais quelle connerie du genre. En plus, c’est pratique, on sait où c’est : à Ostbahnhof !
Le plateau a l’air d’excellente tenue bien que ne recelant pas de stars internationales, mais une kyrielle de newcomers ou seconds couteaux de Mobilee et Kompakt principalement … Comme la suite
le prouvera, ces petits gars talentueux ne sont guère connus à l’étranger car ils se concentrent sur le marché domestique, et on les comprend !
Bon, Ostbahnhof, ok : un coup de S-bahn et nous voilà, mais le secteur est grand et il n’est pas très facile de se repérer au milieu des vieux hangars, squats, friches, nouveaux
bureaux ; pas tout à fait l’urbanisme du quartier latin …
Un des flyers indiquent que la boîte se trouve au niveau d’un pont ( !) : voilà un indice qui n’a pas non plus échappé à une troupe de jeunes locaux tout aussi perdus que nous.
L’honneur est sauf. C’est là que l’instinct festif d’EG fait la différence : suffit de suivre deux trois gaziers un peu allumés et
il y a fort à parier qu’ils nous mèneront à la terre promise. Ok sur le principe, sauf qu’on a essayé déjà la même technique y a un quart d’heure et on s’est retrouvé au mauvais endroit : eh
oui, fillette, t’es pas à Paris là ! Ici des clubs, y en a des tétrachiées !
Enfin, ce coup-là, ça marche et on se retrouve à l’entrée d’une sorte de blockhaus immense avec marqué Maria dessus, çà aide. Y a deux
queues à l’entrée : une avec du monde et une déserte. Nous, on va à celle où y a du monde, on se dit que l’autre doit être réservée aux invits et on a pas envie de se faire ramasser comme la
veille au Watergate, parce qu’on fait trop touristes.
Ben c’est loupé, la queue où y a du monde, c’est celle des invitations (pas
dures à pécho les invitations on dirait) et l’autre, c’est celle des pigeons qui doivent payer. Comme tout ça nous est expliqué très gentiment par l’armoire à glaces qui fait l’entrée, on
s’exécute de bonne grâce.
Le tiqueson nous réserve une petite surprise : 13€ ! Ben c’est pas donné mon neveu, pour une boîte prétendument populaire ! Ben oui, mais y a deux scènes, et le line up dure jusqu’à midi. Ah ok ! l’after est incluse … Et EG d’en profiter pour me refaire un petit cours sur les afters parisiennes, sacrée EG !
Heureusement les tarifs du bar nous rassurent tout de suite : les consos sont données ! C’est déjà ça de pris.
Il est pas très tard, genre à peine une heure, et y a déjà du peuple sur l’immense dancefloor de la scène principale. Tous les jeunes fondus de tek sont là, dansant comme si c’était la dernière soirée de leur vie, mais sans faire n’importe quoi non plus : bon esprit. Schön Geist.
Sur la scène, c’est le jeune prodige de Kompakt, Axel Bartsch, qui met le feu au club avec une joie communicative qui n’enlève rien à la précision de son set. Sélection originale et efficace où l’on reconnaîtra au passage l’excellent « Rock ‘n roll » produit par le jeune DJ.
Après deux heures de set, c’est l’écurie Mobilee qui déboule, Pan Pot en tête. Son très puissant : c’est la tuerie.
Pendant que Pan Pot envoie du lourd, parlons un peu de la salle : minimaliste mais fonctionnelle avec quelques gradins en arrière du dance floor principal, une seconde scène assez intimiste, des bars avec des barmen en nombre suffisant et des chiottes propres et judicieusement réparties. On pourrait y passer tout le week-end …
On pourrait, mais on ne va pas le faire … C’est ce que je rappelle à EG d’ailleurs, sur le coup de 6h, littéralement survoltée depuis l’excellente prestation live de Paul Brtschitsch.
J’avoue que suis assez chaud aussi de mon côté, porté par l’incroyable ambiance qui règne dans le lieu. Le miracle berlinois se produit devant nos yeux ébahis de parisiens : les gens sont déjantés mais se comportent de façon irréprochable : pas de blaireaux agressifs ni de dragueurs maladroits. Ave Maria ! On est au paradis !
Peu avant 7h, faut bien se résoudre à décamper car demain (tout à l’heure), on libère la piaule à midi : une tentative désespérée de négociation d’EG auprès du réceptionniste de l’hôtel n’y changera rien : 4h30 de sommeil, point barre. Ici on rigole pas avec le check out.
C’est peut-être mieux comme çà : grâce à une nuit courte mais réparatrice, le dernier après-midi du dimanche nous aura permis d’approfondir la visite de la ville et de se ressourcer un peu, au lieu de comater comme des loques.
On a passé 4 jours à Berlin, mais on a l’impression d’en avoir vécu 10 !
En montant dans le nachtzug de 21h vers Paris, mon plan est déjà arrêté : je reviendrai.
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