Samedi 5 avril 2008

Chers lecteurs, je vous ai laissés il y a quelques jours au milieu d'un suspense insoutenable : quelles sont les dernières révélations fracassantes de Marie-Monique Robin dans "le Monde selon Monsanto" ? Que nous réserve l'inique loi en cours d'examen à l'assemblée sur les OGM et qu'est-ce que peut faire l'opposition ?

Eh bien ! bande de larves !!
J'espère que vous n'avez pas attendu la suite de mon article comme un plant de soja transgénique attend sa giclée de Roundop quotidienne !
Normalement, à cet instant, vous avez dû déjà visionner le docu de Marie-Mo, lire la presse sur le débat parlementaire, envoyer un message de soutien aux députés verts qui sont en première ligne à l'assemblée et, le cas échéant, coincer votre député UMP dans une ruelle sombre pour lui parler du pays !

Rassurez-vous, je m'emporte un peu là, mais si c'est pas encore fait, vous pouvez encore vous rattraper et je vais pour cela vous donner quelques éléments supplémentaires pour vous motiver ...


Ainsi, nous en étions à la longue liste des enseignements factuels fournis par le documentaire de MMR ...
Je voulais vous parler un peu du tiers-monde car, comme chacun sait, le Sud est souvent le laboratoire de l'occident pour tester toutes sortes de calamités industrielles ou militaires et du coup, en regardant de ce côté, on peut avoir une idée de ce qui nous attend dans un avenir assez proche. Euh..., un peu comme les mutants dans la piscine de Minority Report qui voient les crimes se produire à l'avance et qui préviennent Tom Cruise pour qu'il aille arrêter les méchants qu'ont encore rien fait ! Trop classe !

Bref ...

12. La firme Monsanto se livre depuis plusieurs années à l'acquisition massive des compagnies, anciennement nationales, qui commercialisent les semences conventionnelles dans de nombreux pays du tiers-monde (Afrique, Amérique Latine, Asie).
Quand on sait que Monsanto détient par ailleurs une position quasi monopolistique sur le marché des semences transgéniques à travers le monde, on ne peut que constater la forte concentration des activités de vente de semences, conventionnelles ou transgéniques, dans les mêmes mains de la firme.

13. En Inde, Monsanto a conquis la plus grande part du marché des semences de coton, grâce au "coton BT" vendu comme ne nécessitant pas de traitement pesticide contre de nombreux parasites grâce à la manipulation transgénique dont il a fait l'objet. Néanmoins, de nombreux paysans indiens sont conduits au sur-endettement et à la faillite en raison, d'une part, du prix élevé des semences Monsanto qui augmente leurs charges et, d'autre part, de rendements constatés, inférieurs à ce qu'ils escomptaient. Il faut noter en outre que ces paysans "passés" à la culture OGM ne sont pas dispensés pour autant de procéder à un certain nombre de traitements pesticides coûteux, malgré le bénéfice théorique du BT.
La région de l'Inde où l'on cultive massivement le coton connaît actuellement un drame humain et social sans précédent avec une recrudescence de suicides de paysans ruinés et un exode rural massif vers les bidonvilles des métropoles indiennes.

14. Au Mexique, la culture des OGM, et notamment celle du maïs transgénique Monsanto, n'est pas autorisée par les pouvoirs publics. En revanche, la consommation de maïs transgénique importé des Etats-Unis est possible et le prix de commercialisation de ce dernier est largement inférieur à celui du maïs local.
Les agronomes de l'administration mexicaine ont constaté que de nombreux plants, issus des innombrables variétés de maïs du pays, avaient été contaminés sur une grande partie du territoire. Cette contamination, due à la simple dissémination accidentelle de grains de maïs transgéniques dédiés à la consommation menace l'inestimable réserve de biodiversité que constituent les variétés autochtones de maïs mexicain.

15. En Argentine et au Paraguay, hausse de la demande mondiale en "agro-carburants" aidant, une grande partie de la surface agricole est aujourd'hui occupée par le soja transgénique Monsanto. L'expansion des surfaces dédiées à cette culture semble irrésistible alors que dans le même temps les petites exploitations qui produisent une agriculture vivrière disparaissent.
Alors que l'Argentine a été le premier pays d'Amérique du Sud à accepter la culture des OGM, le Paraguay voisin avait jusqu'il y a peu proscrit ce type de culture. Mais la dissémination "naturelle", et peut être aussi l'introduction frauduleuse de plants de maïs transgéniques dans le pays, ont abouti rapidement à une proportion de maïs Monsanto telle que les autorités paraguayennes ont été obligées d'entériner cet état de fait et autoriser la culture des OGM sur leur territoire.
Dans ce pays, les quelques fermes traditionnelles qui tentent de survivre au milieu de "l'océan du soja transgénique" sont durement touchées par la pollution causée par l'usage intensif des herbicides déversés sur les champs voisins de leurs cultures.
Les ouvriers agricoles des grandes exploitations de soja travaillent avec une protection rudimentaire contre les produits toxiques qu'ils manipulent et les populations des fermes ou villages riverains des plantations sont également exposées et menacées sur le plan sanitaire.


Retour en France. La semaine passée, le gouvernement a soumis au parlement un loi censée traduire les principes arrêtés par le Grenelle de l'environnement en matière de contrôle de la culture des OGM.
En fait, cette loi entérine et autorise la culture d'OGM en plein champ à côté des cultures conventionnelles en vertu d'un principe de liberté équivalente des agriculteurs de produire avec ou sans OGM. Ce principe est un sommet d'hypocrisie puisque même les plus modérés des observateurs (dont cette chère Corinne Lepage) conviennent que la culture en plein champ d'OGM aboutira rapidement à une contamination progressive et irréversible des cultures conventionnelles.
Il n'y a donc dans cette loi aucune garantie de "liberté de cultiver sans OGM". C'est tout bonnement la fin des cultures conventionnelles sur le modèle paraguayen et la mise sous tutelle économique des agriculteurs sur le modèle indien ou nord-américain (avec force procès au besoin de la firme Monsanto, qui revendiquera des royalties sur ses brevets à l'encontre des récalcitrants) qui se profilent à moyen terme. A plus court terme, c'est l'existence des labels "agriculture biologique" qui ne peuvent tolérer que quelques traces d'OGM dans leurs produits qui est condamnée.

Pour endormir l'opinion, le gouvernement s'abrite derrière deux arguments fallacieux.
Primo, cette loi serait dictée par Bruxelles, le bouc émissaire de service toujours utilisé par la droite pour faire passer ses lois scélérates : foutaises, de nombreux pays européens ne prennent heureusement pas les mêmes dispositions actuellement, et quand bien même, la France a toujours su refuser d'appliquer les directives européennes, telles que Natura 2000 ou les réglementations sur la chasse, quand il s'agissait, par exemple, de servir la soupe aux lobbies chasseurs.
Secondo, les accords du Grenelle seraient préservés et Borloo plus écolo qu'écolo en vertu du moratoire prononcé par Sarko sur le Monsanto 810 (le fameux maïs). Mais la portée de cette décision est limitée à ... 6 mois.

Cerise sur le gâteau, le gouvernement et la sémillante NKM, secrétaire d'Etat à l'écologie et vice-présidente de l'UMP (et aussi maire de Longjumeau, mais ça n'a rien à voir, sauf démontrer que c'est superwoman cette femme, trois jobs en même temps ...) ne contrôlent pas leur majorité. Ainsi, le progressiste groupe UMP du Sénat n'a pas trouvé mieux que d'alourdir le texte du gouvernement en assouplissant les quelques dispositions qui pouvaient constituer un semblant de régulation de la culture des OGM. La version de la loi qui est sortie du Palais du Luxembourg pour être débattue à l'assemblée est tellement inique et régressive par rapport aux accords du Grenelle que plusieurs parlementaires UMP se sont élevés et opposés publiquement à celle-ci dont le sénateur Legrand.


Les faucheurs volontaires d'OGM, emmenés par José Bové, leader syndical paysan, Noël Mamère, député Vert et Gérard Onesta, député européen et vice-président Vert du parlement européen, ont été condamnés à plusieurs reprises à des peines de prison (allant jusqu'à de la prison ferme pour Bové) et à des amendes individuelles s'élevant à 100.000€.
La firme multinationale Monsanto a été condamnée par le tribunal de Lyon à une amende de 15.000€ pour publicité mensongère concernant le faux caractère biodégradable de l'herbicide Roundup.


Consolation : alertés par les associations écolo et le mouvement des "faucheurs volontaires" d'OGM, les députés verts et quelques députés PS éclairés sur le sujet, dont les excellents députés Martin (Gers) et Delphine Batto (Deux-Sèvres, chez Ségo), ont réussi à fédérer et mobiliser l'ensemble du groupe PS dans une guérilla d'amendements qui a permis d'obtenir quelques résultats intéressants. Entre autres, adoption d'un amendement défensif sur les terroirs AOC et obtention d'un vote solennel (vote individualisé) de la loi à l'assemblée, ce qui permettra de faire prendre ses responsabilités à chaque député UMP et NC.

A l'heure où j'écris ces lignes, la messe est dite. Le formidable système démocratique de la 5è république aura eu raison de l'opinion des 80% de citoyens qui sont opposés à la culture en plein champ et à la consommation des OGM, des promesses foireuses de Sarko issues de la mascarade du Grenelle, de l'opposition massive transpartisane d'une majorité d'élus locaux et des craintes de plusieurs centaines de parlementaires de la nation.

Allez, désespérez pas les petits ! pour vivre en bonne santé et élever vos enfants en les préservant des pollutions pesticides et des allergies, il vous reste encore les îles Kerguelen et la Papouasie Nouvelle-Guinée ...


 

par paquito publié dans : Le zami de la semaine
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