Partager l'article ! 53%: Dans un refuge du GR 20, alors que nous descendions quelques Pietras entre randonneurs masochistes, celui que je trouvais le moins sympathiq ...
Dans un refuge du GR 20, alors que nous descendions quelques Pietras entre randonneurs masochistes, celui que je trouvais le moins sympathique du groupe lança la question suivante en réponse à l'interrogation de l'un d'entre nous sur l'élection de Sarkozy :
"Un français sur deux au moins a voté pour lui, mais pourtant, quand on demande aux gens pour qui ils ont voté, personne n'a voté pour lui ! Tiens, ici, qui a voté pour Sarkozy ?". Personne ne leva la main évidemment ; seul celui qui avait posé la question à mon avis devait le faire ...
Quelques jours plus tard, à l'issue de ma randonnée, j'échouais dans mon camping favori de Calvi, histoire de renouer à ma façon avec la civilisation, c'est à dire en bronzant comme une larve au pied de la citadelle. Et là, je sus enfin où se cachaient les 53% de français dont parlait l'autre ...
Tout au moins, une composante déterminante de l'élection, dans la tranche d'âge 30 - 50 ans, car même si le pays vieillit, les vieux à eux seuls ne peuvent encore constituer une majorité électorale. Il faut donc un complément déterminant de la population active.
En Corse, l'usager de camping, à ne pas confondre avec "un campeur", tout comme son cousin fréquentant les beaux rivages de la Côte d'Azur, se distingue radicalement du "prolétaire +" qui incarne le cliché du franchouillard en vacances dans sa caravane, de la Grande Motte à Berck Plage, en passant par les Sables d'Olonne. Disposant de moyens suffisants pour offrir à toute sa smala un camping 3 ou 4 étoiles au bord de la Méditerranée, son choix d'hébergement révèle davantage un choix politique (inconscient) qu'un calcul économique.
En effet, à raison de 60 euros par jour pour lui, sa femme et ses deux enfants, sa tente de 20m2 et son monospace, il pourrait tout aussi bien se payer une petite location mignonette.
Alors ? Mais voilà, le séjour en "camping confort" de bord de mer permet une continuité parfaite du séjour de vacances avec le reste de l'année, incarne le conservatisme le plus abouti, tout en donnant l'illusion du changement. Toute ressemblance avec le "programme" de Nicolas Sarkozy n'est pas fortuite ...
Régularité des tâches ménagères, routine et ennui, identité des relations d'éducation aux enfants, qu'elles soient strictes ou permissives selon les familles, et surtout, contrôle social omniprésent, chacun surveillant son voisin et réciproquement, dans tout camp(ing) bondé qui se respecte, sans parler du manager qui vous affuble d'un bracelet d'identification, pour s'assurer qu'aucun intrus ne vient profiter à l'oeil du bouillon de culture qu'il ose appeler piscine.
A Calvi, on voit même des jetskis dans les campings. Certes, ils ne quittent pas la remorque de tout le séjour, mais ça alimente les conversations entre voisins
Seul bouleversement de taille pour une bonne majorité tout de même des occupants : l'abstinence de télé, salutaire celle-ci à la différence de l'abstinence sexuelle qui elle, est imposée par la promiscuité (sauf pour les rares aventuriers en couple égarés dans ces lieux). Mais ne nous réjouissons pas trop vite, car la lucarne maléfique est bien vite remplacée dans la grande entreprise de lavement de cerveau généralisé par la lecture de l'Equipe ou de Voici, médias tout aussi nocifs.
Les atouts du camping 3 étoiles et plus, tels que piscine, bar, épicerie et restau intégrés finissent de renfermer ses occupants dans leur microcosme, en les privant des principaux motifs de sortie du camp. Et surtout pas pour aller à la mer toute proche (qui pourtant justifie la 3ème étoile), car voyez-vous, les enfants n'aiment pas l'eau salée et préfèrent jouer avec leurs copains à la piscine. Ca dispense papa de la surveillance sur la plage (les pédophiles rôdent) et c'est plus pratique pour maman pour la lessive, car il y a moins de sable dans les vêtements.
Me voici donc en immersion au milieu de la France qui se lève tôt, même en vacances, et vote Sarko, car chacun sait que "Royal n'aurait pas fait mieux". Mais, cette expérience enrichissante aux fins d'études sociologiques et politiques ne doit pourtant pas être trop prolongée, sous peine de développer des signes inquiétants de contagion à cet environnement insalubre.
Ainsi, ce matin, me suis-je moi même surpris à faire consciencieusement ma vaisselle et une lessive, avant d'aller me ravitailler au Super U voisin. Mais je résiste tant bien que mal, en lisant Libé à l'heure du déjeuner, assis par terre devant ma tente liliputienne, et me délectant de salade de concombre et de fonds d'artichauts, au grand dam de mes voisins gavés de merguez trop cuites.
Ouf, plus que deux jours avant de retrouver mon enfer parisien bien aimé !
Dans un hypermarché du sud Finistère, un homme dit à sa femme -merde ils sont tous bio ! sa femme -laisse tomber on trouvera bien une boulangerie.
le pain bio, ça se marie très mal avec le travers de porc élevé en batterie et le chou fleur bourré de pesticides, aussi ...
bobo !!