Extension du domaine de la lutte (1ère partie)

Publié le par paquito

La (sur)vie dans notre société implique-t-elle nécessairement, si l'on ne veut pas être en marge ou victime de nos congénaires, d'accepter la compétition comme mode dominant de médiation des rapports entre individus ?

Voilà la question existentielle que je me suis posée ce matin entre la tartine de fromage et le bol de céréales, écho probable à un certain nombre de réflexions estivales initiées sur les plages bretonnes ou dans les montagnes écossaises ces dernières semaines.
Alors allons-y, influence ô combien positive de l'ami Onfray probablement, j'ai décidé d'aborder ma rentrée du blog sur des thématiques sociologico-philosophiques.

Jusqu'à il y a peut-être une vingtaine d'années, la compétition individuelle ne dominait outrageusement, dans le champ social, que les aspects scolaires et professionnels de nos vies.
Même lorsque la religion, les idéologies ou les multiples formes de chauvinisme étaient encore très prégnants pour fédérer des groupes et les dresser les uns contre les autres, ainsi porteurs d'affirmations collectives dans lesquelles pouvait se retrouver chacun, il était déjà admis que pour "gagner sa vie", il fallait réussir individuellement ses études ou sa petite entreprise, obtenir des diplômes ou prendre du grade, en supplantant les autres.

La suprématie du libéralisme économique, la perte de confiance en la politique, l'effondrement de la représentativité syndicale et, plus généralement, la disqualification de toutes les solutions collectives pour répondre aux difficultés des citoyens, ont fini ces dernières années de nous conditionner et de conforter le postulat : il ne peut pas y avoir que des gagnants donc l'autre est un adversaire et donc, pour s'en sortir, il faut rivaliser et le dépasser.

Un autre besoin fondamental, le logement, est devenu aujourd'hui, crise aidant, et peut-être plus encore que l'emploi, le théâtre le plus féroce de la rivalité entre les individus.
Chacun son terrain, selon ses moyens (un peu comme à la piscine avec le petit bain et le grand bain) : concurrence médiatique des associations de soutien aux miséreux, listes d'attentes amphytéotiques et guerre du piston pour décrocher un logement social, lutte sans merci pour obtenir la bénédiction d'un proprio baby-boomer par parents garants interposés (eux aussi baby-boomers), recherche interminable du terrain à bâtir ou de l'appart pas trop pourrave, véritable quête du Graal moderne pour les prétendants à la propriété ...


"Plus fort, plus vite, plus haut", ... mais en tout cas, toujours plus con.

Mais ce qui semble le plus inquiétant aujourd'hui est le terrain conquis par la compétition individuelle dans des champs d'activité qui étaient jusque là préservés de cette référence, voire qui se définissaient de façon totalement antagoniste à ce concept.

Premier exemple, l'art, plus affaire d'individu que de groupe, mais en théorie exempt de notion de compétition.
La marchandisation forcée des pans les plus grand public des arts tels que musique, cinéma et littérature fait aujourd'hui évaluer la qualité d'une oeuvre à sa capacité à se vendre et à attirer le plus grand nombre : charts et box office, meilleures ventes et concours débiles à la mode Star ac', dans les meilleurs des cas prix littéraires et palmarès de festivals, sont devenus les références uniques de la valeur d'un artiste. Le consommateur a remplacé l'amateur.
Défendez le contraire et vous vous ferez taxer immédiatement d'infâme élitiste parisien qui méprise le peuple, surtout s'il vous arrive de fréquenter, nul n'est parfait, des sympathisants de l'UMP.

Second exemple, les sports collectifs, en théorie peu compatibles avec l'individualisme.
Pourtant, n'est-ce pas dans ces disciplines ultra-médiatisées, telles que foot, rugby, basket et j'en passe que les individualités sont les plus flattées et mises en concurrence ?
Le basket français se résume à Tony Parker qui ne joue pas en France ; l'identité de l'équipe de France de foot glorieuse n'était que la juxtaposition rivalisante de Zidane, Henry, Trézéguet, Thuram ... Lequel allait sauver l'équipe ? Lequel allait prendre la place de l'autre ? Lequel allait gagner le plus de blé ? Lequel sera un jour sélectionneur ? etc.
Les médias et l'argent ont fait disparaître la dimension collective du sport collectif, c'est un comble ...

Tout cela serait vraiment désespérant s'il n'existait pas quelques contre-modèles, plus ou moins émergeants que nous évoquerons dans une troisième partie.

Mais avant cela, je vous parlerai bientôt d'une autre dimension des rapports entre les êtres humains, bien particulière celle-ci, où la compétition individuelle a toujours existé, mais semble se développer depuis quelques temps sous des formes innovantes et sujettes à controverse. On va se marrer, je vous le promets !

A bientôt, et d'ici là, méfiez-vous de votre voisin : il a surement une bonne raison de vouloir votre peau ...
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Publié dans zusammen

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P
Tiens c'est marrant, moi je suis au 1er mais j'aurais dit tout pareil...
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C
Pas la peine d'aller chercher les stars, du pur jus d'invidualistes masqués dans une équipe t'en à tout le 3ème étage...Y'a quelques impuretés encore mais plus pour très longtemps !
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