Big little man

Publié le par paquito

Dustin Hoffman fait partie de cette catégorie d'acteurs populaires qui passaient volontiers pour le gendre modèle dans la séance familiale du ciné du dimanche soir de mon enfance. Aujourd'hui, les 70 balais bien sonnés, Dustin incarnerait plutôt le grand père idéal, à la faveur d'un dispensable cachetonnage dans une nième comédie romantique qui ne changera pas la face d'Hollywood.

Il aura fallu que la dispensable ministre de la culture, Christine Albanel, décide de se faire mousser un peu devant les caméras l'autre jour en lui remettant la médaille des arts et des lettres pour que ma vision du personnage bascule complètement.

Au lieu de débiter les banalités de circonstance en ce type d'occasion, genre "merci beaucoup, je suis très ému, j'adore la France", l'ami Dustin s'est mis à fondre en larmes en nous parlant de son admiration pour François Truffaut, probable incarnation du meilleur du cinéma français de son point de vue. Il avait visionné "la Nuit américaine" la veille, et tout cela avait réveillé en lui ce sentiment d'injustice causé par la disparition précoce du cinéaste, et surement la perception du vide béant qu'il avait laissé dans le cinéma français.

Et là, je me suis dit, bon sang, mais c'est bien sûr, ce petit grand homme qui admire tant François Truffaut doit être lui-même admirable. Revisitons sa filmo.

Déjà, premier enseignement, Dustin a tourné avec presque tous les grands metteurs en scène américains de son temps, mais bizarrement, n'a que rarement tourné deux fois avec le même. Est-il un acteur si invivable au point qu'aucun réalisateur ne souhaite le revoir sur son plateau après une première douloureuse expérience, ou bien cet acteur a-t-il toujours cherché à apprendre et à se renouveler ? Je penche pour la seconde option.

Car Dustin a embrassé toute l'histoire moderne de l'Amérique dans sa filmographie, en militant toujours dans le bon camp : celui des réalisateurs qui bousculaient l'establishment et le conformisme américain. Tour de force, ce positionnement quasi constant auprès du cinéma critique ne l'a jamais coupé du grand public.

Compromis habiles des scénarios ou talent de la mise en scène et des acteurs, capables d'attirer le public sur un sujet dérangeant ?


Sur meetic, Marthe Keller aurait jamais flashé sur Dustin, vu qu'il mesure 20cm de moins qu'elle, mais heureusement, dans Marathon man, elle tombe amoureuse de lui car c'est pas une mauviette !

Tout commence par "le lauréat" et la libération des moeurs sur fond de relation adultérine avec une femme qui pourrait être sa mère : et un tabou de moins, un.
Puis "Little big man", la mauvaise conscience de l'Amérique et la réhabilitation des indiens enfin racontée comme il se doit au cinéma, bien avant que la mode du western moderne de Pollack et autres Eastwood ne viennent enfoncer les portes qui avaient été enfoncées par l'immense Arthur Penn.
"Les hommes du Président" et "Marathon man", deux réglements de comptes cinglants à l'amérique conservatrice des McCarthistes et de Nixon.
"Kramer contre Kramer" et "Tootsie", deux exercices de style où Dustin casse le machisme et endosse au sens figuré puis propre le costume de la femme américaine, non sans y laisser des plumes.
Enfin, pour clore cette sélection, "Macadam cowboy", rôle particulièrement émouvant dans lequel Hoffmann incarne un sublime minable, parasite d'un autre baltringue, gigolo péquenot, qui tous deux se cassent les chicots sur le rêve américain.

Le cinéma qui a été traversé par Dustin Hoffmann pendant 30 ans est un cauchemar américain, un cauchemar supportable et regardable en famille. Son empreinte n'en est pas moins profonde et préfigurait le cinéma sans concession de la nouvelle vague indépendante des Gus van Sant, Jarmush et autres Coen. Chapeau, le nain !






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Publié dans Le zami de la semaine

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