Vertige de l'amour
L'édition 2009 des Nuits sonores fut somptueuse et ensoleillée et pour autant, je ne vous en ferai pas un compte rendu détaillé : eh non, ne me suppliez pas, ça vous fera les pieds, z'aviez qu'à y aller !
En revanche, ce que je peux à la rigueur faire pour vous, c'est tenter de vous restituer le set sublime dont nous a gratifiés le grand Ricardo Villalobos devant quelques centaines de festivaliers subjugués.
Un set de Ricardo, c'est comme un nuit d'amour : des fois, c'est loupé, mais vraiment loupé, car l'un des deux protagonistes, l'artiste ou le public, n'est pas en forme. Mais le plus souvent, c'est le bonheur et on a très vite envie de recommencer. Si le sort nous contrarie et qu'on ne peut pas rééditer l'expérience, on s'en souvient longtemps dans un sentiment qui mêle joie et nostalgie.
Je ne sais pas comment il se débrouille dans un pieu, mais derrière les platines, Ricardo s'y entend côté préliminaires : après une bonne heure à nous asticoter avec un son langoureux et cadencé, mais sans excès, l'ami nous aura parfaitement conditionnés pour déclencher nos ébats frénétiques sur une house minimale qui, au bout du bout, nous fera nous oublier.
Le son est implacable, à la fois métallique et chaleureux, avec cette touche sud-américaine qui caractérise si bien les sélections du maître : Berlin et Santiago se mêlent et se répandent sur le dancefloor. Nous, on est ensorcelés, piégés, on a compris très rapidement qu'on ne se séparerait pas avant l'aube, voire au-delà. Depuis la dernière fois, on avait presque oubliés que c'était si bon !
Après deux heures de ce qu'il faut bien appeler un état d'hystérie collective, le maître de cérémonie aborde sa 4ème heure de mix en sachant qu'il peut faire absolument ce qu'il veut de nous. Il nous enverrait Marie Dauphin ou Dorothée, ça serait pareil. Mais ce n'est pas pareil : le son techno minimale du chilien ne nous fait pas régresser. Il nous ferait plutôt nous dépasser et nous maintient aux limites de l'extase. Si, si.
Last night a deejay saved my life !
Et c'est là que l'inatendu survient pour le final : Agoria s'incruste et nous propose un plan à 3 ! Ricardo qui en a vu d'autres ne s'en formalise pas, au contraire ... Le son bascule revival rave sous l'influence du lyonnais qui s'amuse comme à sa première surprise party.
Mais les 6 heures sonnent et il va falloir se séparer. Le grand barbu prend congé avec autant de classe et de poésie qu'il s'était présenté à nous : un morceau d'ambient minimaliste de 15 minutes, pas moins, nous permet progressivement de reprendre nos esprits ; il fait jour sur la piste et nous pouvons croiser le regard de nos voisines et voisins. Nous prenons conscience que nous sommes un groupe, presque une famille, réunis pour l'occasion.
Nous avons vécu le même bonheur, ressenti les mêmes plaisirs intimes au fond de nous mêmes. Nous ne nous reverrons sûrement pas ; ou peut-être que si. Nous rentrons épuisés et comblés, car cette nuit, Ricardo Villalobos nous a donné beaucoup d'amour.