Oberkampf, it's a small place

Publié le par paquito

A mon grand âge, j'ai plutôt tendance à préméditer mes sorties en club, mais il m'arrive encore parfois de partir sur des plans téméraires à l'instinct, comme l'autre vendredi.

Tout a basculé après une bonne montée en régime au Chéri(e) où un quatuor de DJ en herbe avait bien décrassé les enceintes, à coup d'électro assez énervée (en tout cas, le patron lui était assurément énervé à cause du boucan). Dans ce contexte propice à l'action, difficile de ne pas essayer de transformer l'essai.

Rien de fulgurant à l'agenda a priori, alors j'interroge à tout hasard le gazier à côté de moi sur l'hypothèse Nouveau Casino, où j'avais tout de même noté une programmation électro aus Hamburg. Désapprobation de mon voisin, mais je m'en fous : dans le teuton tout est bon, alors en route pour la rue de la soif ...

Au fil des ans, la rue Oberkampf n'a cessé de s'enfoncer : naguère rue d'ateliers d'artisans, il y a 10-12 ans, rue des bars branchés, puis rue des touristes, aiguillés à grands coups de Lonely Planet, et finalement, rue des pochetrons et de tout ce qui vole pas bien haut.
Moi qui ai vécu dans ce quartier il y a une dizaine d'années, je m'y sens de plus en plus étranger, si ce n'était le magasin kitsch de "L'auto-école", qui survit miraculeusement dans cet environnement hostile de bars keglau, et me rappelle à mes vertes années, snif ...

Au milieu de cette cour des miracles, le Nouveau Casino est un lieu improbable, plein de contrastes : le meilleur y cotoie le pire, et cette soirée n'allait pas déroger à la jurisprudence.

2h00 et pas de queue à l'entrée ... Y a personne ?
Si, si, c'est déjà bien garni, mais la porte du NC est du genre courant d'air : t'as plus de chances de te faire refouler à l'entrée du Macdo. Bon, c'est toujours ça de pris, d'autant que le tarif est toujours friendly.

On est déjà presque en hiver, et qui dit hiver dit vestiaire, même pour moi qui suis jamais assez couvert, comme dirait ma mère (ça rime, vous avez remarqué ?).
Premier contraste : le vestiaire est aussi inorganisé que les physios sont débonnaires. C'est la feinte : dans cette boîte, la queue est à l'intérieur, pas à l'extérieur. Allez, je positive, car qui dit queue dit promiscuité, et qui dit promiscuité dit convivialité ...

Une fois à mon aise, deux options s'offrent à moi : la piste ou le bar. Curieusement, j'opte pour le bar (ha ! ha ! quel humour j'ai ce soir). Le bar du NC est un bar de club comme on les aime : pas trop cher, bien placé en bord de piste, ce qui permet de profiter de l'ambiance tout en attendant sa conso, et enfin tenu de mains de maître par le staff, de mains de maîtresse, devrais-je dire.
La balance penche à nouveau du bon côté (2-1 si vous suivez), mais rien n'est encore joué dans ce match entre le cool et le naze, car les épreuves à plus fort coefficient restent à venir.

Test suivant, le son : l'avantage d'une boîte moche mais compacte comme le Nouveau Casino, genre bunker en forme de cube, c'est que c'est assez facile d'avoir un gros son bien homogène. Ben les mecs s'en sont pas privés, et c'est concluant.

Sur la piste, si le son mérite un satisfecit, je n'en dirais pas autant de la fréquentation ... Ben oui, c'est la rançon du laxisme de la porte diront certains ; c'est le quartier diront d'autres. Les deux, à mon avis.
Résultat, une densité record de balourds assez inégalable dans la nuit parisienne, au milieu desquels pourtant ,se sont égarées quelques brochettes de gens sympas qui semblent ignorer le voisinage et s'amuser comme il faut. C'est le paradoxe de l'endroit, me demandez pas de l'expliquer.

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Autrefois, la rue Oberkampf était célèbre pour ses ateliers et son artisanat ; aujourd'hui, les spécialités locales sont plutôt le renard et la pizza.

Côté line up, c'est du tout bon : agréable surprise procurée par cette petite bande de jeunots hambourgeois du label Smallville, pas maladroits en live comme aux platines. Je soulignerais pour ma part les deux lives très convaincants de Lawrence et de Pantha du Prince, percutants et fluides. Le score reste donc plutôt favorable ...

Son pointu aux platines, lourdeur sur le floor, je me demande quand même où je suis ... Pour ne pas voir le désastre, je ferme les yeux.
Quand je finis par les réouvrir, une nouvelle surprise m'attend : j'aperçois le mec avec qui j'ai discuté au Chéri(e) et qui m'avait dit de pas venir ici ! En vlà un qu'a de la suite dans les idées ...

L'heure avance et comme souvent, le rapport de force sur le floor s'équilibre : les lourds les moins résistants cuvent ou sont rentrés à la niche ; les plus tenaces ont pêché du gros. Quoi qu'il en soit, ça libère de l'espace et l'esprit festif reprend peu à peu ses droits, d'autant que nos amis prussiens continuent sur leur lancée comme des grands.

A 6h, les chiottes sont ignobles, mais la clientèle reste digne. Le match est joué : l'esprit cool l'emporte d'une courte tête, après une rencontre très disputée.
On a beau faire le mariole, quelque chose me dit que je vais rester un moment sur l'avantage psychologique de ce succès à l'extérieur plutôt étriqué. C'est dit : la prochaine fois, je prévoirai des renforts avant de retouner défier Oberkampf et ses affreux ...

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Publié dans Eh - y a encore du son

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